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Solar Impulse : frugalement vôtre !

Près d’un an après la conclusion d’une incroyable aventure dont la réalisation s’étale sur 16 mois, et dont la conception et concrétisation s’étale sur près de 13 années, que retire-t-on du projet Solar Impulse et que peut-on espérer pour l’avenir ? Au lieu d’hasarder tout de suite une réponse à ces deux vastes questions, il serait peut-être plus intéressant de se demander: pourquoi vouloir écrire aujourd’hui à propos de ce fantastique projet ?

A vrai dire, c’est un article récent et, selon moi assez pertinent, de Bertrand Piccard qui a éveillé mon envie de retracer l’aventure du Solar Impulse. Et l’approche que j’ai envie d’apporter à cette aventure se situe au-delà du message aéroporté par le projet. J’aimerais plutôt décoder le non-verbal de cette aventure.

En effet, les cours de PNL nous apprennent entre autres le ratio d’Albert Mehrabian qui établit que lorsqu’un interlocuteur émet un message, il est interprété dans les proportions suivantes par son destinataire:

Mehrabian, ratio, communication

C’est dans cette optique que j’ai envie d’aborder le projet de Solar Impulse au lieu de paraphraser les différents messages que l’on retrouvera sur les blogs du site officiel de Bertrand Piccard ou d’André Borschberg. Vouloir appliquer à un projet le ratio de Mehrabian (qui s’intéresse normalement à la communication entre êtres humains), n’est certainement pas une démarche académique mais plutôt une façon amusante de regarder ce périple et revient, selon moi, à considérer que la partie verbale se situe dans le contenu des articles de presses, le para-verbal dans le choix des medias et le non-verbal dans la matérialisation du projet.

Décortication du projet

Quand on observe les différents défis rencontrés dans le projet du Solar Impulse, on ne peut que se réjouir de constater une cohérence avec le message transporté. En effet, le message prône un monde fonctionnant à base d’énergies renouvelables plutôt qu’à base d’énergies fossiles mais j’y ai aussi interprété l’enseignement suivant: il faut avant tout apprendre à maîtriser notre énergie. Et quand je parle d’énergie ici, c’est au sens large, c’est-à-dire autant l’énergie fonctionnelle que l’énergie vitale. Je pense que c’est l’une des plus belles leçons que j’ai pu retirer du projet Solar Impulse lorsque j’ai découvert le minimalisme nécessaire du point de vue des appareillages mais aussi du point de vue alimentaire ou matériel. Cela demande un dépassement de soi qui devrait également être l’exemple et la tendance de demain. La capacité de cette maitrise de soi, de son énergie, de ses besoins vitaux (et notamment du sommeil), sont un point de départ presque essentiel de la manière de consommer demain. On voit de plus en plus apparaître des articles sur la sobriété heureuse, la décroissance ou, de façon plus générale, sur le développement personnel qui amènent à s’écarter de la surconsommation car cette dernière serait un leurre qui nous éloignerait de nous-même. Or, au-delà du fonctionnement à partir d’énergie renouvelable, c’est ce détail-là qui marque mon esprit : la frugalité. Rien qu’avec cette première interprétation du projet, il est amusant de mettre côte à côte la différence entre le langage verbal et non verbal :

Verbal :

«Un voyage inspirant qui montre qu’il est possible de sauver la planète en utilisant des technologies propres»[i]

Non verbal :

«Un voyage inspirant qui montre qu’il est possible de sauver la planète en consommant autrement»

Mais cela va plus loin. D’un point de vue technologique, le projet aura certes eu le mérite de convaincre que l’énergie solaire est une source impressionnante d’énergie même si, en toute honnêteté, parallèlement au projet Solar Impulse, le nombre de maisons équipées ne cessait d’augmenter confirmant également ce postulat. Par contre, combien de maisons fonctionnent-elles à 100% à l’énergie solaire et sans raccordement au réseau (=énergie fossile) ? Si elles existent, elles sont de toutes évidences des cas littéralement isolés. Or, c’est là que Solar Impulse donne une leçon retentissante. Et cela passe inévitablement par une révision sérieuse de ses besoins. Notons aussi que la maîtrise des besoins nécessitait de connaître ceux-ci avec précisions. Or c’était souligné dans quelques articles : le Solar Impulse embarquait un nombre incroyable de sondes permettant de mesurer à tout moment, tous les paramètres du système (et même du pilote). Une telle maîtrise des besoins du projet n’aurait pas été possible sans un monitoring constant et je pense que cela doit également inspirer sinon les foyers, en tout cas les entreprises de demain. Que ce soit pour leur gestion quotidienne de l’énergie dans les processus de production ou celle de l’utilisation rationnelle de l’énergie par les employés des bureaux. Cette conclusion est peut-être aussi la réponse aux deux questions posées en ouverture de ce billet : que retire-t-on du projet Solar Impulse et que peut-on espérer pour l’avenir ? Je pense que nous en retirons, même encore un an après, la confirmation sur la façon d’atteindre ces objectifs. Or, ces objectifs sont ceux d’un nombre toujours plus important de personnes soucieuses de laisser un monde viable à nos enfants. Et de cette confirmation, grandi l’espoir que l’avenir sera.

 

[i] Traduction de la phrase : « An inspiring journey to show that it is possible to save our planet by using clean technologies.» issue de la brochure Zero fuel airplane around the world téléchargeable sur le site official de Solar Impulse.

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